
Comme je suis un mauvais wikionaute, et que je me fous de mon classement, je ne fais quasi jamais de liens sur mes billets, je suis loin d'être le roi du buzz.
Toute vérité est bonne à dire, surtout si elle est invérifiable...

La première fois que j'ai vu cette affiche devant moi en passant en voiture, j'ai éclaté de rire.




Je viens d’apprendre avec étonnement par la rumeur publique et par la presse une nouvelle que m’a confirmée la lecture du Journal officiel du 14 juillet, à savoir que je figurais dans la liste des promus de la Légion d’honneur, sous la rubrique de votre ministère, avec le grade de chevalier.
Or non seulement je n’ai jamais sollicité de quelque façon que ce soit une distinction de cette sorte, mais j’ai au contraire fait savoir clairement, la première fois que la question s’est posée, il y a bien des années , et à nouveau peu de temps après avoir été élu au Collège de France, en 1995, que je ne souhaitais en aucun cas recevoir de distinctions de ce genre. Si j’avais été informé de vos intentions, j’aurais pu aisément vous préciser que je n’ai pas changé d’attitude sur ce point et que je souhaite plus que jamais que ma volonté soit respectée.
Il ne peut, dans ces conditions, être question en aucun cas pour moi d’accepter la distinction qui m’est proposée et – vous me pardonnerez, je l’espère, de vous le dire avec franchise – certainement encore moins d’un gouvernement comme celui auquel vous appartenez, dont tout me sépare radicalement et dont la politique adoptée à l’égard de l’Éducation nationale et de la question des services publics en général me semble particulièrement inacceptable.
J’ose espérer, par conséquent, que vous voudrez bien considérer cette lettre comme l’expression de mon refus ferme et définitif d’accepter l’honneur supposé qui m’est fait en l’occurrence et prendre les mesures nécessaires pour qu’il en soit tenu compte.
En vous remerciant d’avance, je vous prie, Madame la ministre, d’agréer l’expression de mes sentiments les plus respectueux.



Dame critique un jour, cédant à son humeur,
Adressa ce propos à certain pauvre auteur :
« Quoi ! vous voulez faire des fables
Et prétendez écrire en vers ?
Pour traiter cent sujets divers
Connaissez-vous les termes convenables,
Les poétiques fictions,
Et les riches expressions,
Et les bons mots, et les traits agréables ?
Entendez-vous la langue des oiseaux ?
Avez-vous observé les mœurs, le caractère
Des ours, des lions, des chameaux,
Et de tant d'autres animaux
Que l'on remarque sur la Terre ?
Et pour faire dans vos tableaux
Parler les fleurs, les arbres et les plantes,
Comme créatures vivantes,
Avez-vous pris le soin de les étudier ?
Connaissez-vous la botanique ?
Avez-vous fait votre logique ?
Et savez-vous l'art d'employer
Les figures de rhétorique ? »
Hélas ! Non, dit l'auteur : je ne puis le nier,
De ces sciences-là je ne possède aucune.
Mal partagé de la fortune,
En vain mon goût les affectionna :
Je n'eus jamais le moyen de m'instruire.
Peut-être seulement, si j'ose ici le dire,
Dame nature me donna
Un peu de sens qu'encore elle borna.
- Donc vous ne pouvez bien écrire,
Et vous taire est le plus prudent.
- J'en conviendrai ; mais cependant,
Quoique bien pénétré de mon insuffisance,
Puisque je sais quelque peu griffonner,
Ne puis-je pas en conscience,
En m'appliquant à raisonner,
Confier au papier ce qu'en secret je pense ?
- Mon cher, c'est une inconséquence.
- Vous pouvez me la pardonner.
Puis au reste, si ma morale
N'a rien du tout qui vous régale,
Vous êtes libre au moins de ne pas y donner,
Et puis enfin, dame critique,
Quel est votre talent, à vous ?
- Qui ? moi : je déchire, je pique ;
Et peu d'auteurs sont exempts de mes coups,
- J'entends : dans votre humeur caustique,
Vous percez tout de votre dard fatal.
Et bien, contentez-vous. Quant à moi, je préfère,
Du moins si je ne puis bien faire,
M'amuser sans faire de mal.
Pierre Blanchard,
Fables en vers, 1836